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L'herboriste Phan Ngọc Chương et son gendre Nguyễn Trí ĐăngL'herboriste Phan Ngọc Chương et son gendre Nguyễn Trí ĐăngBref survol historique

Au début des années 80, Phan Ngọc Chương, herboriste et acupuncteur originaire de la province de Khánh Hòa, quitta son village natal pour exercer son art à Buôn Ma Thuột, capitale de la province de Đắk Lắk, dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam.

Un jour qu'il cueillait des plantes médicinales à la lisière de la forêt, il tomba sur un soldat vietnamien blessé qui avait fui le Cambodge et qui cherchait à regagner la ville de Tuy Hòa sur la côte du Pacifique. À l'époque, le Vietnam maintenait un contingent militaire de 200 000 hommes au Cambodge afin d'appuyer son allié dans sa longue lutte contre les Khmers Rouges. Ces derniers, bien qu'ayant été chassés du pouvoir en 1979, continuaient d'entretenir une sanglante guérilla dans les zones près de la frontière thaïlandaise. 

Ce n'était pas par lâcheté que le conscrit avait déserté le champ de bataille, mais bien par piété filiale. Fils unique, il était le seul soutien de sa mère veuve et sans ressources.  S'il devait perdre la vie au Cambodge, qu'adviendrait-il de sa pauvre mère?  Son véritable devoir était donc de revenir auprès d'elle. Mu par cette conviction inébranlable, il entreprit son long périple de retour accompagné par deux compagnons d'infortune qui hélas!, périrent en route.

À bout de force après avoir survécu plusieurs semaines dans la jungle et parcouru des centaines de kilomètres, le déserteur vietnamien s'effondra dans les bras de l'herboriste après lui avoir confié son histoire. Phan Ngọc Chương prit alors la décision de le recueillir chez lui afin de le cacher et le soigner jusqu'à son rétablissement complet.

 Afin de remercier celui qui avait pris soin de lui  jusqu'à sa guérison, l'ancien soldat lui enseigna les techniques basiques de son art martial, un style familial, avant de partir pour Tuy Hòa.

Quelque temps plus tard, attirés par la très grande renommée de la qualité de ses soins, beaucoup de membres des tribus montagnardes environnantes se mirent à affluer vers l'officine de Phan Ngọc Chương. Malheureusement, plusieurs d'entre eux étaient très pauvres et n'avaient pas les moyens de payer le plein tarif. Or, peuples extrêmement fiers, les Gia Rai et les Ê Đê refusaient absolument toute forme de charité, car c'était pour eux un déshonneur. L'un des patients réguliers de l'herboriste suggéra alors une solution bien judicieuse. Pourquoi ne pas faire du troc, un mode d'échange de biens et de services très répandu durant cette période parmi les populations indigènes? Tout le monde trouva l'idée géniale et donna son accord. C'est ainsi que certains Gia Rai et Ê Đê transmirent à Phan Ngọc Chương une partie de leurs connaissances martiales tribales. Comme ces montagnards font partie du groupe ethnolinguistique malayo-polynésien, leurs techniques martiales possèdent des similarité avec les arts martiaux indonésiens, malais et philippins.

Bien des années plus tard, l'herboriste enseigna à son gendre Nguyễn Trí Đăng les techniques qu'il avait pu apprendre lors de son séjour dans les Hauts Plateaux du Centre du Vietnam. Comme cette compilation martiale n'avait pas encore d’appellation, Nguyễn Trí Đăng lui donna le nom de Phan Gia Quyền (le Poing de la famille Phan).

 

Aspect technique

La formation de base en Phan Gia Quyền consiste en l'apprentissage de 24 séries courtes composées de 4 à 5 mouvements chacune et de 16 séries longues comprenant 8 mouvements chacune, ce qui totalise 40 séries en tout.  Les formes courtes ont été conçues pour être exécutées de façon explosive en un seul souffle afin d'entraîner le pratiquant à initier et terminer un combat le plus rapidement possible grâce à une combinaison d'attaques vives et féroces. Les formes longues, quant à elles, sont construites comme un répertoire élaboré de réponses aux différentes éventualités d'attaque et de défense adverses.

L'une des particularités du Phan Gia Quyền est son extrême agressivité.  En effet, on cherche à en finir au plus vite sans s'éterniser. Il faut imaginer que nos bras constituent un engrenage infernal et que si l'adversaire nous frappe, c'est comme s'il se mettait le bras dans un tordeur qui va lui broyer le membre et engloutir son corps en entier.

Il est donc primordial d'être explosif dès le premier mouvement, passer de 0 à 100 km à l'heure en une fraction de seconde. Toutes les attaques doivent également être accompagnées par un déplacement offensif continu vers l'avant afin de casser la distance et dominer l'adversaire par une pression constante.

Un autre caractère distinctif de cet art martial est que chacune de ses attaques peut se transformer en une feinte et chacune de ses feintes peut devenir une attaque en un clin d’œil.  Par exemple, si l'adversaire réagit à une première attaque en l'esquivant  ou en la bloquant, son action va donner l'ouverture nécessaire pour que la seconde attaque faite dans le même mouvement ne puisse être parée. La première attaque était donc une feinte. Et s'il ne réagit pas à une feinte, elle va devenir une véritable attaque. Dans le Phan Gia Quyền, le vide et le plein, c'est à dire l’irréel et le réel sont donc interchangeables.

De plus, l'adversaire est considéré comme un arbre. Le combat se déroule alors théoriquement en 4 phases:

    1-On dévie, contrôle ou on détruit les branches (c'est à dire ses membres: bras, jambes)

    2-On frappe le tronc (son torse, sa face)

    3-On le déracine (on effectue une mise au sol ou une projection)

    4-On lui donne un coup de hache final (neutralisation définitive, coup de grâce)

Quelques étapes peuvent éliminées de certains enchaînements (plusieurs séries ne comprennent pas de mise au sol par exemple) et dans d'autres, certaines phases sont fusionnées.

En bref, ce qu'il faut retenir du Phan Gia Quyền, c'est qu'il s'agit d'un art martial très expéditif bien éloigné du combat sportif du type « il me frappe », « je le frappe », « il me frappe », « je le frappe ». C'est plutôt « il me frappe », « je le terrasse immédiatement». Bien sûr, en pratique, il se peut fort bien qu'on n'arrive pas à terminer le combat en 5 secondes, mais tout notre entraînement doit tendre vers cet objectif.

 

Aspect philosophique

Puisque l'herboriste Phan Ngọc Chương est bouddhiste, ses pratiques médicale et martiale sont empreintes de sa croyance.  Il fait ainsi toujours preuve de bonté et de compassion lorsqu'il soigne ses patients et les considère tous comme ses amis les plus chers. D'ailleurs, il n'a jamais hésité à porter secours à toute personne dans le besoin sans s'occuper de son rang ni de sa fortune. 

À première vue, la férocité du Phan Gia Quyền peut sembler contraire aux valeurs prônées par le bouddhisme, mais en réalité, le fait de mettre un terme à un combat le plus tôt possible permet justement de limiter les blessures causées par l'adversaire et celles qu'on pourrait lui infliger. Au demeurant, tout son répertoire contient essentiellement des techniques visant à neutraliser un adversaire sans attenter à sa vie.

 

Système de grade

Il n'existe pas de grades dans le Phan Gia Quyền.